Elles sont 7 000 femmes tous les ans au Maroc à développer un cancer du sein, d’après le Registre des Cancers du Grand Casablanca. Devant l’ampleur du problème, l’Association Lalla Salma de lutte contre le Cancer mène, de fin avril à fin mai 2008, une grande campagne de sensibilisation et d’information sur le cancer du sein.
Le Pr. Rajae Aghzadi, chirurgienne spécialisée dans la chirurgie du sein, et présidente de l’Association Cœur de Femme nous rapproche un peu plus de cette maladie.
- Le cancer du sein frappe plus de 7 000 femmes tous les ans au Maroc, d’après le Registre des Cancers du Grand Casablanca (année 2004). Quelles sont les causes de la prolifération de cette pathologie ?
- Effectivement, nous n’avons pas de registre de cancer national mais grâce aux efforts très importants de l’Association Lalla Salma contre le Cancer, nous avons vu naître au moins le registre de Casablanca. Mais ce chiffre est très approximatif et peut être vu à la hausse au niveau national.
Il est très difficile de déterminer les causes du cancer du sein. C’est une cellule qui devient folle du jour au lendemain et la science ne peut pas déterminer quand et comment cela va se produire. Ceci dit, dans le cas du cancer du sein, il y a des facteurs favorisants :
* Les lésions bénignes du sein qui peuvent être le nid du cancer du sein
* La prise d’hormones de façon abusive non contrôlée par le médecin
* L’alimentation : il y a des aliments qui se sont démontrés cancérogènes et d’autres qu’il faut prendre pour prévenir le cancer du sein
* L’obésité : une femme obèse a plus de risque de développer un cancer du sein qu’une femme normale ou maigre….
Ce ne sont pas des facteurs déterminants, mais plutôt des facteurs à risques.
- Dans quelle mesure le diagnostic précoce peut sauver des vies ?
- Le diagnostic précoce peut certainement sauver des vies et donner un très bon pronostic. Quand on diagnostique un cancer du sein dans un état précoce, on gagne énormément de chances : la vie de la femme est sauvée, elle garde son sein qui guérit dans la plupart des cas, on réalise un très bon pronostic, le coût des traitements est moins cher. Pour cela, nous insistons sur l’importance de la médiatisation et de la sensibilisation des femmes à l’importance du dépistage du cancer du sein.
- Quelles sont les nouveautés thérapeutiques dans le traitement du cancer du sein ?
- Les nouveautés sont nombreuses. Il faut savoir que le cancer du sein est traité de manière multidisciplinaire c’est-à-dire qu’il y a plusieurs médecins pour s’occuper du malade. D’abord il y a le chirurgien, parce que c’est lui qui voit la femme en premier, il diagnostique la maladie par la biopsie et la traite par la chirurgie. Et puis viennent la radiothérapie, la chimiothérapie et par la suite l’hormonothérapie.
Maintenant par rapport à la chirurgie, étant une chirurgienne je peux dire que les avancées concernent surtout la chirurgie esthétique du sein et la chirurgie de reconstruction du sein. Pour les femmes à qui l’on a dû enlever le sein malade, c’est une avancée très importante puisqu’elle permet à la femme de garder un composant très important de sa féminité.
Par rapport à la chimiothérapie, les molécules de chimiothérapie sont de plus en plus fortes et agressives vis-à-vis de la cellule cancéreuse et donc elles permettent des guérisons même en cas de métastase. La chimiothérapie permet de plus en plus de prolonger la vie.
En ce qui concerne la radiothérapie, les tumorales à irradier sont mieux ciblées grâce aux accélérateurs.
A tous les niveaux thérapeutiques il y a des avancées importantes dans le monde et le Maroc est dans ce mouvement. La femme marocaine doit être rassurée par rapport au traitement qui se fait au Maroc, il est au point par rapport à ce qui se fait dans le monde.
- Y-a-t-il une réflexion sur la prise en charge de la maladie ?
- Il est clair qu’aujourd’hui la réflexion s’impose. Cela demande des budgets énormes, certes, mais on se rend compte que cette maladie est de plus en plus fréquente et elle touche de plus en plus la femme. Les responsables de la santé sont très conscients de cette situation. Mais cela ne doit pas nous faire oublier la nécessité de multiplier les efforts pour une prise de conscience chez la femme marocaine et là j’insiste sur le rôle des associations. « Cœur de femmes » née depuis 7 ans se bat sur le terrain pour lutter contre le cancer du sein. Et il y a surtout l’Association Lalla Salma qui a des programmes de grande envergure à l’échelle du Maroc vis-à-vis du cancer et du cancer du sein en particulier.
- Outre le coût du traitement, il y a l’aspect psychologique qui décourage les femmes de recourir au médecin. Y-a-t-on pensé ?
- Le cancer du sein a un impact psychologique énorme sur la femme puisqu’il touche un organe noble, un organe sensible, un organe qui est le symbole de sa beauté et le symbole de sa vie, parce que c’est par là qu’elle a donné la vie à son enfant en l’allaitant. Donc l’aspect psychologique est très important d’où ces avancées thérapeutiques dont on a parlé et surtout celle de reconstruire le sein. Une femme qui a fait un cancer du sein est une femme qui a certainement besoin d’un soutien psychologique qu’elle peut trouver au sein de sa famille et auprès de son mari surtout parce que c’est lui le pilier du soutien vis-à-vis de la femme et ensuite c’est au rôle du médecin thérapeute de mettre au clair les choses tout en annonçant le diagnostic de manière douce et professionnelle.
- Peut-on prévenir le cancer du sein ?
- Malheureusement il n’exista pas une prévention primaire qui empêche la survenue du cancer du sein mais par contre on parle de prévention secondaire, c’est-à-dire avoir un équilibre alimentaire, éviter l’obésité, faire du sport, éviter le stress et faire attention quant à la prise d’hormone qui doit être sous contrôle d’un médecin spécialisé.
Propos recueilli par Houria Ben Moussa
source : www.menara.ma



